Image décorative : affiche promotionelle du jeu Assassin's Creed Odyssey, montrant l'héroine perché sur l'épaule d'une statue monumentale, regardant vers une cité grecque

Faire l’aigle, ou l’art de perdre son temps

Ce weekend, j’ai eu la drôle d’idée de regarder si j’avais ou non rempli mes objectifs d’écriture. Sans trop de surprise, la réponse a été « Nope, nope, et re-nope ». Et… sur le coup, ça m’a déprimé assez sévère. Parce que… parce que ces derniers mois ne sont pas productifs, parce que mes projets solos battent de l’aile, parce que je rame totalement dessus,parce que j’ai presque été incapable de pondre une nouvelle… Bref, parce que l’écriture, c’est compliqué. Et qu’en plus je n’arrive pas vraiment à comprendre pourquoi.

Heureusement, j’avais eu la bonne idée d’inviter une pote à venir faire chauffer ma console de jeu. Résultat, ça fait deux jours que je visite la Grèce antique à dos de licorne (yep), que j’assassine brutalement des gens, que je spartan-kick mes ennemis à tout va… et surtout que je fais de l’aigle et que je lâche des « ohhhh c’est beauuuu » devant chaque temple ou chaque point de vue.

Et je viens de percuter un truc. En fait, je devrais écrire comme je joue. Explications de texte.

Image décorative : capture du jeu AC Odyssey, montrant l'héroine au pied d'une grande statue de Zeus, regardant Athènes et l'Acropole.
Ça, c’est de la vue ! (Assassin’s Creed Odyssey)

« Atteeeends, je veux visiter le temple ! »

La série des Assassin’s Creed est totalement symptomatique de ma manière de jouer aux jeux vidéo. Pour ceux et celles qui ne connaitraient pas, il s’agit d’une licence vidéoludique développée par Ubisoft, et qui consiste principalement à grimper partout avec des petits cris extatiques/visiter des tas de lieux bien sympathiques/rejouer le combat séculaire entre les partisans du libre arbitre et les partisans du contrôle total.

Parmi tous les opus, mes préférés sont ceux avec un monde totalement ouvert, que l’on peut vraiment parcourir à notre guise : j’ai nommé AC Black Flag (les Antilles au temps de la flibuste), AC Origins (l’Égypte de Cléopâtre) et AC Odyssey (la Grèce au moment de la guerre entre Sparte et Athènes). En plus, technologie oblige, les graphismes et donc les paysages sont sublimes.

Et si j’aime autant ces jeux, c’est qu’en fait ils sont faits pour moi : ils sont faits pour m’en mettre plein la vue, et ils ne sont pas punitifs.

Je ne suis pas douée pour les jeux vidéo. Je peux y jouer des heures et des heures et des jours entiers, mais je ne suis juste pas douée.Notamment, je suis une merde pour les combats. Dans la théorie, je connais les bases, comment parer, comment esquiver un coup, pas de souci. Dans la pratique, euh… l’information, le timing et la dextérité se perdent quelque part entre mon cerveau et la manette. Résultats, les jeux où il faut passer son temps à courir de partout en esquivant des trucs et en sautant sur des machins (Tomb Raider, c’est toi que je regarde), c’est ma hantise. Je tiens une heure, et je rage-quit parce que je suis bloquée sur un passage à la con et que je suis obligée de passer pour continuer.

Image décorative : capture du jeu AC Origins, montrant un temple entre le Nil et le désert, avec une pyramide en fond d'image.
Au milieu du sable, un temple… (Assassin’s Creed Origins)

Les Assassin’s Creed, je peux y passer des centaines d’heures, et y jouer pendant des journées entières. Je bloque sur une mission ? Tant pis, je vais en faire une autre, et je reviendrais quand j’aurais un peu plus de niveau et un meilleur matos. J’en ai marre de tuer des généraux spartiates ? Pas de souci, je prends ma licorne et je vais visiter la campagne environnante.

Et en fait, c’est ça que je cherche dans cette série. Pas l’histoire (je suis une joueuse très très lente, résultat j’ai oublié le début de l’intrigue quand j’arrive à la fin), pas les combats (même si les assassinats bien faits m’éclatent, avouons-le), pas le défi de finir en tant de temps, ou en ayant fait tel et tel objectif super pointu…

Moi, je veux juste visiter la Grèce ou l’Égypte, tomber sur des statues monumentales en pleine forêt, escalader les pyramides, me balader sur la colonne vertébrale d’un squelette de serpent géant, ignorer la quête qui m’attend pour grimper la montagne, là, des fois qu’il y ait un joli point de vue en haut, sourire comme une idiote quand une baleine saute à côté de mon bateau,incarner l’aigle qui accompagne notre personnage et planer là-haut dans le ciel…(En plus, c’est super zen, de faire l’aigle, j’adore ça. Il y a juste le vent, le bruissement des ailes, et le monde qui défile sous nous, je suis totalement fan.) Bon, d’accord, et parfois ça m’éclate de harponner des navires, ou de tuer des cibles de manière sale.

Bref, lorsque je joue, je veux juste… prendre mon temps, le perdre aussi, en trucs inutiles mais qui m’amusent. Et… c’est le but d’un « jeu » vidéo, non ? Sinon y aurait pas « jeu » dedans. Alors, ouais, je suis pas douée et je me fais tuer bien plus souvent qu’à mon tour. Mais je m’éclate.Et c’est pour ça que j’y reviens encore et encore.

Image décorative : capture du jeu AC Black Flag, montrant le héros dans une crique tropicale, avec son navire en fond.
Des bateaux, des pirates, des lagons sublimes et des îles perdues… Que demander de plus ? (Assassin’s Creed Black Flag)

Et… le rapport à l’écriture ?

Le rapport, c’est que c’est justement ce côté ludique que j’ai perdu quelque part au cours des deux dernières années. Parce que j’ai pris l’écriture au sérieux. Trop, sans doute. Résultat, je me suis fixé des objectifs. Finir ça, faire ça, écrire tant de mots par jour… Écrire, écrire, écrire, comme si je ne devais faire que ça. Bref, je me suis foutue toute seule la pression.

Sauf que… Non, en fait. Je n’ai pas envie de vivre de l’écriture,de prendre l’écriture aussi sérieusement que ça. Je ne veux pas faire de l’écriture une obligation. Je veux que ça reste un loisir, un hobby, quelque chose que je fais parce que j’en ai envie, parce que j’aime ça, parce que ça me fait vibrer. Pas parce que j’y suis obligé.

Et j’ai justement l’impression d’avoir… perdu ce plaisir pour quelque chose de mécanique. Sauf que si ça ne m’amuse plus, quel est l’intérêt ?

Alors je crois qu’il est temps d’apprendre à écrire comme je joue : sans pression, pour le plaisir, et tant pis si je fais la quête en deux heures au lieu de deux minutes parce que j’ai cueilli tous les rameaux d’olivier du coin.

Il est temps pour la moi-autrice d’apprendre à faire l’aigle.  

Image décorative : capture du jeu AC Odyssey, montrant un aigle survolant une île grecque.
Oui, faisons l’aigle. C’est bien de faire l’aigle. (Assassin’s Creed Odyssey)

Commentaires

  1. Je me reconnais complètement dans cet article … Merci pour ce partage d’expérience qui nous encourage à prendre un peu de hauteur et se demander « Mais pourquoi je fais tout ça ? »

  2. J’adore cet article, il est très pertinent ! On ne devrait jamais perdre de vue ce souffle de l’aventure et de la contemplation qui a guidé nos premiers écrits. ♥

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