Image décorative : sablier doré couché sur du sable blanc

Pas de routine ? Pas de problème.

Ah, l’automne ! La rentrée, les bonnes résolutions, le nanowrimo qui se profile à l’horizon… Et les habituels posts sur les routines d’écriture. Mais si, vous savez. Pour être un bon écrivain, il faut écrire trois heures tous les matins. Pour être un bon écrivain, il faut savoir invoquer le dieu du thé et disposer d’au moins 4 sabliers différents remplis de pierre précieuse. Pour être un bon écrivain, il faut s’enfermer dans une tour d’ivoire en haut de son château…

Bon, d’accord. J’exagère sans doute un peu. Mais je suis sure que vous voyez de quoi je parle, non ?

 

Routines, quésaco ?

Le but des routines d’écriture (ou toute autre activité, d’ailleurs), c’est de faciliter l’entrée dans l’acte créatif en l’associant à un rituel invariable et généralement agréable : retourner un sablier, se préparer un thé, s’installer à son bureau, peu importe).

L’effet du rituel se joue sur deux niveaux. En 1, il matérialise une coupure entre les activités normales (travail, vie de famille, etc.) et l’activité d’écriture. Cette coupure va permettre d’indiquer à notre cerveau qu’il est temps d’arrêter de réfléchir au repas du soir pour plutôt choisir comment on va torturer notre personnage favori.

En 2, il joue à fond sur la notion de conditionnement (hé oui, l’homme est un animal comme les autres… les curieux qui veulent un peu de science trouveront un encart dédié en bas de cet article). L’idée est qu’en se forçant à écrire juste après son thé (par exemple), on finit par associer ledit thé au fait d’être dans de bonnes dispositions pour écrire. Et à partir de là, la boucle va s’autoentretenir. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est souvent difficile de reprendre une routine après l’avoir arrêté un certain temps… Oups !

Donc, oui, les routines d’écritures peuvent être efficaces. Je ne prétends pas le contraire. Mais ce n’est pas parce qu’une routine marche pour quelqu’un qu’elle marchera forcément pour vous…

Alors, testez. Si vous pensez qu’une routine peut fonctionner pour vous, testez-là. Mais si ça ne prend pas, ce n’est pas la peine d’insister. Testez-en une autre, adaptez-la, amusez-vous. Vous seul vous connaissez, vous seuls pouvez décider ce qui marche pour vous.

Et quand (ou si) vous en aurez trouvé une qui vous convient… Gardez-la. Peu importe si c’est vous faire un thé, faire un câlin à votre chat, faire le ménage ou aller assassiner un voisin. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises routines, juste des routines qui marchent pour vous. Vous ne serez pas moins bon écrivain (ou artiste, ou n’importe quoi d’autre) si votre routine est moins sophistiquée, moins belle, moins « sexy » que celles d’autres personnes.

Et si vous ne trouvez pas de routine ? Ce n’est pas grave non plus. Ça ne fait pas de vous une personne inapte à pratiquer votre art.

 

Et moi dans tout ça ?

Ma routine est la suivante : je n’en ai absolument aucune. J’en ai testé quelques-unes avant d’abandonner et de conclure que ça ne me convenait tout simplement pas. Dans le désordre, je considère que la seule utilité d’un sablier est de décerner la Coupe des Quatre Maisons à Poudlard, je n’ai jamais compris pourquoi tout le monde s’extasiait devant des feuilles trempées de l’eau chaude, mon canapé est mon seul et unique bureau, et toute tentative de me faire lever à 5h du matin pour je ne sais quel « miracle morning » est vouée 1/ à l’échec, 2/ à une mort violente.

Résultat… Pas de routine. Et à vrai dire, je n’en éprouve plus le besoin. Si j’ai envie d’écrire, j’écris même sans ça. Et si je n’ai pas envie d’écrire, ce n’est pas me servir un chocolat chaud qui me forcera à m’y mettre. Oh, je savourerai mon chocolat… mais en lisant ou en faisant tout autre chose. Quand je n’ai vraiment pas envie, je n’écris pas, et puis voilà. Quand je ne pas très motivée, j’arrive généralement à me foutre un coup de pied au cul et à m’y mettre sans support extérieur. Et si j’ai envie d’écrire, bah… la question ne se pose pas.

Donc, pas de routine pour moi. Par contre, j’ai appris à me connaitre. Je sais que je n’écris pas bien en journée. Oh, je peux me forcer s’il le faut vraiment, mais ce ne sera pas efficace. Par contre, j’écris le soir. Muse remue une oreille vers 21h, se lance vers 22h, et atteint son rythme de croisière vers 23h. Donc, ma foi, je me suis adapté. Brainstorming, fiches, corrections ou glandage en journée, écriture le soir.

Et si un soir je n’écris pas ? Tant pis. Lire ou ne rien faire, c’est bien aussi. Parce qu’écrire reste un plaisir, et que je refuse absolument de le transformer en obligation.

 

Donc…

Donc, si vous avez une routine qui vous aide ? C’est bien pour vous.
Si vous avez envie de trouver la vôtre ? Testez, explorez, adaptez…
Et si vous n’avez pas de routine ? Ce n’est pas grave non plus.

Parce que votre valeur en tant qu’auteur ne dépend clairement pas de ça !

 

Reflet de science – Le conditionnement

Ivan Petrovitch Pavlov est un médecin et biologiste russe de la première moitié du 20e siècle. Lui, ce qui l’intéressait, c’était la digestion (chacun ses lubies). Ses travaux sur le sujet lui vaudront d’ailleurs le prix Nobel de médecine. Sauf que s’il est connu du grand public, ce n’est pas du tout pour ça (oups)… Non, c’est à cause d’un effet secondaire de ses expériences.
Au milieu des années 1920, Pavlov s’intéresse à la salivation chez les chiens. La salivation, c’est un réflexe inné : on voit/sent/goute de la nourriture appétissante et on salive, ce qui permet de préparer l’estomac à l’arrivée de la nourriture. Pour étudier tout cela, Pavlov a une technique. Il fait venir les chiens dans son laboratoire, leur donne à manger, et récupère la salive à l’aide d’un tube passé dans leur babine.
Très vite, il se rend compte de quelque chose d’étrange. Les chiens commencent à saliver en entrant dans la pièce, avant même qu’il ait sorti le moindre bout de viande. Autrement dit, ils salivent par avance, par anticipation du fait que s’ils entrent dans la pièce, ils auront à manger. C’est ce qu’on appelle un réflexe conditionné (ou conditionnel, ou pavlovien).
Pavlov est parmi les premiers à s’intéresser au phénomène de conditionnement, c’est-à-dire l’apparition d’une réaction reproductible (toujours la même, ici saliver) en réponse à un stimulus normalement neutre (ici, entrer dans une pièce). Depuis, le sujet a été très largement repris et étudié… y compris chez les humains. Car oui, ça marche aussi chez les humains ! Très bien, même. C’est d’ailleurs une des bases de l’apprentissage.
Allez, un peu d’exemples pour illustrer tout ça. Généralement, on divise le conditionnement en deux catégories : répondant et opérant. Le conditionnement répondant, c’est celui de Pavlov. Il est involontaire, de l’ordre du réflexe : le chien ne choisit pas de saliver, on ne dit pas à notre cœur d’accélérer quand on entend une alarme, et un bébé ne choisit pas volontairement de rire quand on approche les mains pour le chatouiller.
Le conditionnement opérant, lui, est volontaire : on adopte consciemment un comportement que l’on sait adapté à la situation. Par exemple, un conducteur s’arrête à un feu rouge parce qu’il sait qu’il risque l’accident s’il force le passage, un addict va prendre son shoot de drogue parce qu’il sait que ça lui donnera des sensations agréables (oui, le conditionnement n’est pas obligatoirement positif), et un écrivain se mettra à écrire après avoir mangé son carré de chocolat !

Commentaires

  1. Super intéressant comme article! On nous parle beaucoup de routines (que ce soit d’écriture ou simplement pour avoir le temps de développer un projet, s’épanouir ou quoi) mais pas vraiment sous l’angle de la science. Je n’aurais jamais pensé à relier ça avec le conditionnement, super bien trouvé, merci du partage <3

  2. En voilà un article qui déculpabilise, même les auteurs qui aiment passer l’aspirateur avant de se poser devant leur clavier :þ (parce qu’il ne faut pas se leurrer, parfois on a envie d’écrire sans avoir à chasser les moutons sous le lit) (surtout que c’est mignon un mouton)
    Vivement les prochains ! ♥

  3. La coupe des 4 maisons. XD Hihi, je voue certes un culte aux feuilles trempées dans l’eau chaude mais je me retrouve tout à fait dans cette absence de routine et ce que tu en dis. Article très intéressant en tout cas, merci ! ♥

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